Avec l’extension du secteur piéton à Bordeaux, ces riverains n’ont jamais vu autant de voitures dans leur rue
Depuis le 1er juillet et l’installation de bornes piétonnes dans le secteur Pey-Berland, des habitants se plaignent de l’explosion du trafic automobile dans la rue de Cursol.

« C’est d’un ridicule pas possible », confie Gilles. Ce riverain âgé de la cinquantaine ne supporte plus les troubles générés par la circulation dans la rue de Cursol, située dans le centre-ville de Bordeaux.
Depuis que des bornes piétonnes ont été installées dans la rue Élisée Reclus, des riverains déplorent le report d’un nouveau flot de véhicules, leur causant un désagrément du matin au soir.
Alain, Guillaume, Philippe et Gilles se sont donnés rendez-vous devant l’atelier de la couturière du quartier. Denisa s’active à terminer les ourlets de sa cliente tandis que devant son commerce, les hommes échangent leurs avis sur la situation.
La révolte des riverains
Ici, tout le monde se connaît. Ils partagent tous le même désarroi par rapport à ce problème. Guillaume, papa d’un bébé de 9 mois, se plaint que son fils ne peut pas faire ses siestes à cause des vibrations des bus.
Denisa, les traits du visage tendus, patronne de son atelier de couture depuis une vingtaine d’années, craint de perdre des clients à cause du manque de stationnement et des bouchons devant sa boutique.
Ce fort trafic comporte également des risques de sécurité pour les passants. Philippe, commerçant à l’autre bout de la rue, désigne du menton le passage piéton et fait remarquer que le feu tricolore ne leur laisse que cinq secondes pour traverser. Ils doivent attendre ensuite deux minutes pour s’engager.
De nouvelles bornes piétonnes
Mais pourquoi le trafic est autant perturbé ? Depuis le 1er juillet 2024, le passage est chamboulé dans les secteurs Saint-Éloi et Pey Berland, puis les zones Bouffard et Mably sont venues s’ajouter aux rues piétonnisées le 2 septembre.
Lorsque Gilles et Philippe déplorent la situation, une voiture avance sur le passage piéton et manque de percuter un piéton, bien que le feu soit au vert.
À peine deux minutes plus tard, un cycliste vient interrompre la conversation. Il essaie de se frayer un chemin sur le trottoir et s’agace car le petit groupe prend trop de place. De même, les transports en commun sont complètement bloqués et perdent plus de 10 minutes dans les bouchons. C’est une véritable cacophonie.
« C’est une situation qui est insupportable pour les riverains, les enfants, les commerces, enfin pour tous quoi », ajoute Guillaume, le visage marqué par la colère. Lui comme tous les autres ne supportent plus le vrombissement des bus, les pots d’échappement et le concert des klaxons.
Les riverains sont remontés contre la mairie
« Toute la pollution du centre-ville a été déplacé sur un seul axe et le choix a été fait en fonction des quartiers », s’indigne Guillaume, qui considère que les habitants sont laissés pour compte.
Tous sont d’accord et pointent du doigt les mêmes responsables : les élus municipaux. « On ne les a jamais vu, on les voit seulement au moment des élections », râle en chœur les riverains.
Gilles a essayé d’échanger avec la municipalité par le biais d’un mail, la réponse obtenue le laisse choqué : il explique avoir reçu une « déclaration politique aseptisée lui indiquant qu’elle était désolée mais qu’elle ne pouvait rien y faire ».
Tellement contrarié, il la montre à tout le monde sur son téléphone portable. L’un dit : « Pour un maire écolo, la pollution, ce n’est pas ça quoi » et l’autre renchérit : « J’ai voté Hurmic, une fois, pas deux ».
Pour rappel, la mairie a la volonté de piétonniser une grande partie de la ville de Bordeaux. En témoigne son ambition d’atteindre 250 hectares de surface piétonne d’ici 2026. Son objectif étant de favoriser les mobilités douces et lutter contre la pollution de l’air.
Aux grands problèmes, les grands remèdes
Les riverains prévoient donc de lancer une pétition et de contacter les conseillers municipaux d’opposition. « Au moins on sera reçus et ils nous écouteront eux », lance Gilles.
Certains hochent la tête convaincus que la pétition pourrait faire bouger les choses. D’autres comme Philippe sont plus résignés : « C’est peine perdue… »
Contacté par actu Bordeaux, Didier Jeanjean, l’adjoint en charge de ses questions de mobilité, affirme que l’existence de ce collectif n’est pas remonté jusqu’à lui.
« Je suis prêt à recevoir les riverains et construire avec eux une bonne alternative. Je partage avec eux le constat qu’il faut réfléchir à ce report de circulation », dit-il, en ajoutant que la direction des mobilités de Bordeaux Métropole potasse déjà sur le sujet.
Article publié le 22 septembre sur le site d’actualité national « Actu Bordeaux ».
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